Il pourrait s'agir d'une "malédiction des chauves", tant l'affaire mettant en difficulté le ministre des affaires sociales semble devoir se transformer en la lente descente aux enfers d'un individu, comme ce fut le cas, en leur temps, pour Alain Juppé et Laurent Fabius. Eux aussi étaient chauves, et le sont toujours.
Premier enseignement de l'affaire: il y a peu de chances qu'Eric Woerth retrouve ses cheveux. D'une part, dame nature n'est pas très généreuse sur ce sujet pour les hommes. D'autre part, il a du souci à se faire.
Mais au-delà de ces considérations capilaires, rappelons tout de même que Juppé a été condamné, Fabius acquitté et que Woerth n'est pas même pas (encore?) mis en examen. Le lien donc avec leur crâne reste assez flou. Et pourtant, ces trois-là ont souffert du défaut qui, un temps, fut leur qualité. Leur calvitie reflète, qu'il le veuille ou non, leurs capacités intellectuelles. Qu'on soit de gauche ou de droite, on sait qu'ils sont brillants. Ils ont une gueule d'intello, on voit tout de suite qu'ils appartiennent à la catégorie des mecs qui savent de quoi ils parlent.
Alors, quand tout va bien, cela est un atout, on loue les performances du bonhomme, on écoute avec plaisir la finesse des analyses, même si on arrive facilement à trouver ça un peu ennuyeux. Mais lorsque les choses se gâtent, on se prend à se venger de sa propre insuffisance en voyant qu'on va pouvoir se faire un intello.
Bah oui, quel plaisir de renvoyer dans ses buts un de ceux qui appartiennent à cette classe dominante (chauve) qui nous gouvernent. Et pourtant Eric Woerth a quelque chose de différent de ces deux prédécesseurs cloués au pilori : il est sympathique. Il n'est pas cassant, n'impose pas avec un air hautain ses idées, mais les défend honnêtement et les rend accessibles. Eric Woerth, c'est l'homme politique dont on peut admirer la finesse d'esprit, et que l'on ne peut soupçonner de pratiquer la langue de bois ou de botter en touche. Il y a un an, une chanteuse invitée sur un plateau de télé à ses côtés, visiblement peu au fait de la chose publique, s'exclamait même : "avec des types comme ça, on a envie de s'intéresser à la politique".
Alors la droite n'a aucun intérêt de se priver de Woerth. Surtout la base! Woerth, c'est l'anti-Sarko dans la forme, l'anti bling-bling, l'anti-blabla; jusqu'à peu, on aurait pu dire l'anti-mensonge. Il rappelle à la droite qu'elle a dans ses rangs des gens qui n'ont pas une pratique personnelle égocentrique du pouvoir. Alors quand celui qui pourrait être le gendre idéal se prend les pieds dans le tapis, dans lequel on trouve pêle-mêle les enveloppes de Liliane, les 100 millions d'euros de bouclier fiscal, les conflits d'intérêt, c'est bien le deuil d'un homme politique au-dessus de tout soupçon, que la droite doit entamer.
Woerth qui quitte le gouvernement, c'est la bonne conscience de la droite qui s'écroule.



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